Les limites du droit à l’eau sont mises en exergue : d’un côté, la gestion déléguée transforme l’eau en marchandise, et fait payer aux usagers (les plus pauvres notamment) les coûts du service plus les bénéfices des entreprises. Ce qui a pour corollaire l’augmentation des tarifs de l’eau et de l’électricité et la colère de la population (manifestations en 2006 et 2007 contre la vie chère).
D’un autre côté, l’eau devenant de plus en plus chère, suscite de nombreuses convoitises conduisant à la privatisation des sources d’eau. Certaines sont privatisées depuis l’époque coloniale, d’autres le sont actuellement en catimini dans des zones inhabitées. Le cas de Ben Smil (lire ci-dessous) est exemplaire d’une résistance populaire appelée à grandir.
Ce refus de la marchandisation de l’eau conduit l’ACME Maroc à s’inscrire dans la mouvance mondiale qui combat la privatisation de l’eau et agit pour que l’eau soit un bien commun, géré par le secteur public. Son souci de préserver l’eau s’étend à la demande d’une autre forme de gouvernance qui doit concerner tous les secteurs : l’agriculture, l’industrie, le tourisme, et toutes les décisions aussi bien politiques, que sociales ou économiques. Ce qui amène également l’ACME Maroc à mettre en chantier une charte de l’eau et de l’environnement.
Parier sur des programmes éducatifs
L’association marocaine a par ailleurs convenu de la nécessité d’intégrer les questions relatives à l’eau dans les programmes éducatifs. Des cours de conscientisation aux dangers qui affectent l’eau et à sa préservation doivent être initiés dans les écoles et à travers les médias : il importe que les jeunes générations comprennent sans tarder que leur pays court de grands dangers s’il maintient ses comportements actuels (collectifs et individuels) vis-à-vis de l’eau.
Il a également été décidé de créer un fonds documentaire sur l’eau où seront regroupés notamment les travaux académiques menés au Maroc (et dans le reste du Maghreb) dans le domaine de l’eau.
En conclusion, l’Assemblée générale d’ACME Maroc appelle fermement à la reconnaissance de l’accès à l’eau pour tous au Maroc comme un droit humain fondamental, à une réforme globale de la politique de l’eau, et à une politique économique et sociale qui tienne compte de la baisse des ressources en eau du pays et qui permette de les protéger et de les recycler pour en optimiser l’usage. (Source : communiqué ACME Maroc et notes personnelles de Jean-Claude Oliva, ACME France)
Ben S’mim, le village qui résiste à la privatisation de l’eau
Ben S’mim, 3’500 habitants, à 200 km de Rabat. En 1999, l’Euro-africaine des eaux commence à s’intéresser à la source du village. En 2001, elle signe un contrat pour 30 ans avec l’Etat qui possède 60% de la source, le reste appartenant à la collectivité locale et religieuse du village). Mais les réticences semblent très fortes au sein de la population.
Septembre 2007 : les premières machines de terrassement sont installées sous la protection de la gendarmerie. La population se mobilise et marche sur la source. Plusieurs arrestations et emprisonnements, village encerclé par les forces de l’ordre, routes fermées, électricité coupée tous les soirs de ramadan. L’état de siège durera jusqu’au 6 octobre avec toutes sortes de conséquences sur le plan sanitaire. L’ACME Maroc et plusieurs associations brisent l’isolement de Ben S’mim et font circuler une pétition. Un collectif d’avocats est constitué par les associations pour venir en aide aux villageois poursuivis en justice.
Le débit de la source est à nouveau mesuré et révèle que le contrat de privatisation a été passé sur la base de datant des années 1960-1970, à une époque où l’eau était encore abondante, alors que le débit actuel se situe entre 10 et 20 l/sec et que les besoins en saison sèche sont estimés à 240 l/sec par les villageois. C’est que le village compte actuellement quelque 5’550 têtes de bétail, Sans parler des champs à irriguer...
Le témoignage de Mehdi Lahlou, Président d’ACME Maroc
« Pour ceux qui voudraient voir l’ampleur des dégâts qui sont en train d’être provoqués - pour quelques millions de dirhams de profit - dans l’une des plus belles régions du Moyen Atlas, prenez la petite route qui va d’Ifrane à Azrou, vers Ben S’mim, en contournant l’aéroport d’Ifrane. Vous verrez des travaux de terrassement dont la plaie causée à la vallée ne sera jamais cicatrisée.
Ces travaux seraient très rapidement suivis, si rien n’est fait par la société civile et politique que nous sommes, par une usine, par une autre route et à la fin par de gros camions polluants qui transporteront les bouteilles d’eau vers les supermarchés de Casablanca, Rabat, Meknès, Marrakech, Fès et ailleurs. 10 à 15 emplois permanents seraient créés dans la région et la ’’commune’’ recevrait 10 millions de dh de TVA. Mais quelle catastrophe naturelle cela serait pour la région ?
Déjà une partie des arbres du village est asséchée par le manque d’eau, déjà l’ensemble des puits entourant le hameau sont à sec, et, surtout, une partie des villageois - dont des enfants vont être présentés à la justice les 2 et 23 janvier 2008 parce qu’ils ont voulu préserver leurs droits et leur site - menace aujourd’hui d’émigrer avec tous ses biens et toutes ses bêtes vers d’autres régions du pays.
Quel gain ce sera alors pour la région et pour le ’’développement social’’ de sa population à un moment où le Maroc n’arrête pas de dégringoler dans l’indice mondial de développement humain, alors même qu’il a offert toutes ses ressources naturelles au capital privé, domestique et étranger.
Merci de considérer que ce dossier n’est pas clos, qu’il est exemplaire de ce qui pourra se reproduire pour d’autres sources (et d’autres ressources) dans toutes les régions du pays. Merci de maintenir votre soutien à la population du village de Ben S’mim par tous les moyens que vous estimez utiles. »
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